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jeudi 3 mai 2018

14ans.

Déjà. 14ans aujourd'hui que mon père nous a quitté après s'être battu plusieurs mois contre cette saloperie de cancer. Son dernier souffle était ici, dans cette maison, entouré de sa famille: ma mère, ma (demie) soeur, mon frère et moi. En pleures, mon frère me serrait dans ses bras: "Ne t'inquiète pas, je suis là, nous sommes tous les deux maintenant pour maman", m'avait il dit au moment du départ. Qui aurait cru que 11ans après lui aussi allait partir après une terrible bataille et que j'allais me retrouver seul. J'ai du écrire le même paragraphe ici l'année dernière!

Nous entrons dans une triste periode de comémorations. Hier c'était mon cher ami T. que je perdais d'un accident de la route, il y a 14ans aussi, parti la veille, avant mon père. Le 5 mai (jour anniversaire de ptite mère) nous enterrions papa, deux jours après j'étais à Paris pour assister à celui de T. Un tsunami d'émotions.

La semaine prochaine cela fera 3ans que mon frère a passé ses 3 derniers jours à la maison. 3 jours sacrés ou nous n'étions que tous les deux 24/24. Ce sera dans un corbillard qu'il reviendra un peu plus d'un mois après. 
Je me revois avec lui, dans le petit couloir de la chambre qui mène au salon. Il devait fortement s'appuyer sur moi pour marcher tout en se tenant au mur. Ses pas étaient ceux d'un homme de 99ans alors qu'il n'en avait que 46. Au bout de ce couloir il y a une glace plein pied. Je nous suis vu, tous les deux, dans cette situation, c'est une photo à tout jamais en moi.
Durant ces derniers moments mon frère n'avait plus la notion de jour et de nuit. Il se réveillait à 2h du matin pensant que la journée commençait et réclamait son petit déjeuner. Une nuit, durant ces 3 jours seuls tous les deux, je le retrouve debout, dans le salon en pleine nuit. Je vais vite le retrouver pour le recoucher et là, il me regarde avec un sourire d'enfant qui fait une bétise et me dit à voie basse: "attention! On va se faire engueuler!". "Pourquoi? Parce que tu crois que les parents vont se réveiller et ne seront pas content de nous voir debout tous les 2 à cette heure ci?" Lui dis-je. Il acquiesce de la tête. Pour lui, à cet instant, il était redevenu un enfant de 10ans. C'était ça qui était très dur: voir mon grand frère âgé seulement de deux ans de plus que moi, se dégrader comme ça. Une semaine avant sa mort il ne savait même plus allumer son iPhone, lui qui a toujours été un pro de la technologie. Il avait alors l'âge que j'ai aujourd'hui. Terrible.

Et 1an avant tous ces événements nous étions tous les deux dans sa cuisine à Paris. Il était en pleine forme, normal, comme d'habitude. Il m'offre un café et m'annonce la terrible nouvelle avec les détails de ce que le futur devrait lui réserver. Des détails atroces, impossible à croire au moment ou il me les raconte. "J'espère que les médecins se trompent et que dans 1an nous serons tous les deux ici, à cette table, à boire un café", me dit-il. Malheureusement, tous les détails se sont réalisés. Quelle torture de savoir la période ou tu vas mourir en sachant en plus comment cela va se passer. Et crois moi, les paliers qui te mènent à ton dernier souffle lorsque tu as une tumeur au cerveau sont terribles. Quel courage mon frère a eu. Moi, tu m'annonces ça, je suis par terre.

Aujourd'hui, à chaque fois que j'ai l'occasion de me retrouver dans cette même cuisine, cette scène se déroule toujours dans mon esprit. Je revois l'emplacement ou il était assis, je me revois moi, debout, près de la fenêtre à entendre ses mots.

Tout est arrivé tellement brutalement, tellement rapidement. Tout comme moi, mon frère n'avait jamais de problèmes de santé et d'un coup, BANG. La fragilité de la vie. Notre quotidien nous la fait oublier.

Carpe diem.

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